la crise financière : vers un changement de système

Sommaire

Introduction

Les "crises" du capitalisme ne sont pas fortuites, elles font partie d'un mécanisme mis en place pour spolier le peuple au profit du grand capital.

Hiver 2007-2008 : la crise des subprimes : les banques ont accordés des crédits sans limites pour pouvoir s'enrichir des intérêts. Des millions de pauvres incapables de faire face à ces intérêts sont expropriés et ruinés. Les Etats renflouent les banques en s'endettant eux-mêmes encore plus, et réduisent leurs dépenses. Ce qui inévitablement conduit à la récession (donc diminution des recettes fiscales) et à :

Automne 2011 : la crise des dettes publiques (dettes souveraines).
On nous serine qu'elle est due à l'excès des dépenses publiques, et que donc la seule solution est la "rigueur" (mot de la novlangue signifiant casse des services publics, privatisations et réduction des salaires). Or cela est totalement faux : la dette publique résulte presque exclusivement des intérêts que l'Etat (en fait le contribuable) paye aux banques privées pour pouvoir se financer. En effet les Etats se sont interdits le recours à la "planche à billet" (pour la France, partiellement en 1973 puis définitivement en 1993 avec l'entrée en vigueur du Traité de Maastricht). Par ce mécanisme de la dette, toutes les richesses sont progressivement siphonées par les banques.

La mécanique capitaliste

Repères historiques

Le capitalisme est le système idéologique, politique et économique de la société industrielle.

L'accumulation progressive des capitaux par les marchants, depuis la Renaissance, au détriment des paysans, des artisans et de la noblesse (propriètaires terriens), a conduit à un renversement du rapport de force en faveur de cette nouvelle classe sociale : la bourgeoisie. Ceci a entrainé une révolution économique (la concentration du capital), technique (l'industrialisation), politique et idéologique vers la fin du XVIIIème siècle en Europe. La colonisation (appropriation par la guerre des matières premières et de la main d'oeuvre) a été l'un des moyens principaux du développement du capitalisme industriel.
Puis progressivement les banques, par le mécanisme du crédit, ont accaparé l'essentiel du capital amenant à la fin du XXème siècle,a une évolution vers le "capitalisme financier". Parallèlement la colonisation extérieure ayant atteint ses limites, le capitalisme recherche désormais sa croissance dans une colonisation intérieure : la privatisation des biens et services publics dans les pays "industrialisés". Politiquement cette nouvelle phase est celle du "néo-libéralisme".

Le système néo-libéral s'appui sur l'adhérence de la population aliénée, obtenue grâce à la fabrique du consentement (diffusion de l'idéologie par la propagande et la publicité / le marketing).

L'adhérence se distingue de l'adhésion. L'adhésion est un soutien délibéré, apportée par une personne informée. Un petit compte permet de comprendre la supériorité de la manipulation sur la contrainte.

Toutefois lorsque les conditions de vie de la majorité de la population se dégradent et qu'en conséquence les illusions libérales commencent à se dissiper, la classe dirigeante a besoin d'avoir de plus en plus recours à l'usage de la force ("politiques sécuritaires").

Historiquement, à chaque fois que le capitalisme s'est trouvé menacé, il s'en est tiré en déclenchant une guerre mondiale. Lire : les guerres mondiales contre le peuple.

Le transfert des richesses

Le capitalisme a permi un transfert sans précédent des richesses produites par le travail vers le capital.

Via la production industrielle : la valeur ajoutée produite par le travail, au lieu de rémunérer celui-ci est en partie détournée au profit du capital (les patrons exploitent les ouvriers).

Via le crédit : les banques créent l'argent nécessaire aux investissements et captent la valeur ajoutée produite par le travail grâce à ces investissements en se faisant payer des intérêts sur cet argent. Les banques créent également l'argent nécessaire à la consommation et captent une partie des ressources des consommateurs les plus pauvres (ceux qui achètent à crédit) sous forme d'intérêts.
Une autre page donne plus de détails sur le mécanisme de la création de l'argent-dette.

Via l'impôt : celui-ci est prélevé sur les classes moyennes (les bourgeois se sont fait voter des lois qui leurs permettent d'y échapper pour l'essentiel) et redistribué en grande partie vers les industriels (sous formes d'aides) et vers les banques (intérêts des emprunts contractés par l'Etat).

Ces transferts ont donc pour conséquence un élargissement sans précédent des inégalités économiques.

Les causes de la crise de la dette

La course au profit

La croissance obligatoire, conséquence de l'endettement

Au fur et à mesure que les capitaux se concentrent dans les mains des banquiers, les autres secteurs d'activités doivent avoir recours de plus en plus au crédit. Les industries doivent donc générer plus de profit pour payer les intérêts des emprunts. Elles doivent donc faire croître leur activité. Pour cela il leur faut investir plus, et donc emprunter plus. C'est un cercle vicieux.

De la société de consommation à la société du gaspillage

Pour assurer l'écoulement d'une production toujours plus importante dans un marché saturé, les produits doivent être renouvellés de plus en plus souvent. C'est pourquoi les "ingénieurs qualité" ont été mis à contribution pour réaliser l'obsolescence programmée : les produits sont conçus pour se dégrader rapidement. L'obsolescence programmée a évidemment pour conséquence un gachis de travail et de matières premières et entraîne une dégradation accélérée de l'environnement.

L'endettement des ménages

La logique du profit capitaliste généré par la production industrielle conduit à réduire au minimum les salaires versés aux travailleurs. Toutefois la génération de ce profit suppose que les produits soient vendus. Les salaires des travailleurs étant devenus insuffisants pour cela, le crédit a été développé massivement pour leur permettre d'acheter la production.
La nécessité de consommer plus (obsolescence programmée) et de rembourser les intérêts des crédits, conduit les travailleurs à travailler plus. Mais ceci est limité - d'autant plus que l'automatisation et les délocalisations font diminuer le nombre d'emplois disponibles. Finalement les travailleurs n'ont d'autres choix pour pouvoir faire face à leurs remboursements de crédits que de souscrire de nouveaux crédits. Ce cercle vicieux mène au sur-endettement.

Le mécanisme du crédit permet aux banques de transformer la richesse produite en intérêts qui leurs sont versés. Toutefois l'endettement ne cesse de croître et à un moment donné la somme des intérêts exigés dépasse la richesse produite : les emprunts ne peuvent plus être remboursés. C'est la crise bancaire !

L'endettement des Etats

Au cours du XXème siècle, les Etats ont progressivement renoncé à l'un des principaux outil de leur souveraineté - la création de la monnnaie - au profit des banques privées. Le cartel des principales banques internationales a réussi à faire voter dans presque tout les pays des lois par lesquelles les Etats s'interdisent de créer de l'argent. Cette création monétaire devient le monopole des banques privées. Les Etats leur empruntent donc les fonds nécessaires moyennant de confortables intérêts. Et pour payer ces intérêts ils leur faut emprunter encore plus. Encore un cercle vicieux qui, d'année en année creuse le déficit budgétaire et accroit la dette des Etats.

L'endettement des Etats est un phénomène purement artificiel, résultant de la prise de pouvoir des banques sur les gouvernements. Ce n'est pas un problème économique, c'est un problème purement politique. Il n'a donc qu'une solution politique.

Les non-solutions

Pour les capitalistes, la solution est simple : les autres (le peuple) doivent payer ! Ils seront donc mis à contribution par l'impôt, par la réduction des salaires (ou l'augmentation des cotisations pour la retraite), par la réduction des dépenses publiques. Il s'agit de faire croire que la dette de l'Etat est le résultat d'une mauvaise gestion et en conséquence qu'il faut de la "rigueur", un mot de la novlangue qui ne doit plus nous abuser.

La crise est une formidable opportunité pour les idéologues du néo-libéralisme de pousser plus avant leurs visées : la privatisation totale des biens et services publics. Le désaroi suscité par la crise est mis à profit pour faire passer rapidement des mesures qui auraient autrement suscité une forte opposition, c'est la "stratégie du choc", théorisée par Milton Friedman et dénoncée par Naomi Klein.

Cette politique ne mène en définitive qu'à la misère et à la récession.

Les solutions

Comme exposé précédemment c'est sur le plan politique, et non économique que les solutions se trouvent. Appliquer ces solutions nécessite donc un changement de rapport de force au sein de la société.

Résoudre la crise

Une solution ponctuelle consiste à annuler tout ou partie de la dette des Etats en se fondant sur le principe internationalement reconnu de la dette odieuse.

Une dette est odieuse si elle répond à un certain nombre de critères : elle a été contractée sans l'accord du peuple, l'argent n'a pas été utilisé au profit du peuple, le créancier était au courant de cela. Ce principe a permi d'annuler 70% de la dette de l'Equateur, il y a quelques années. Il a permi également d'annuler la dette de l'Irak sous occupation Etats-Unienne. A voir dans debtocracy, un film documentaire sur la crise grecque.

Une solution plus radicale consiste à exproprier les banques. Cela peut se faire en laissant simplement les banques faire faillitte. Leur valeur serait alors réduite quasiment à rien, l'Etat pourrait alors les racheter (les nationaliser), ce qui aurait pour effet immédiat d'annuler la dette de l'Etat vis à vis de ces banques. Cette expropriation des banques permettrait de récupérer ce qu'elles ont volé aux peuples depuis des décennies. Les dettes des banques envers les déposants seront pris en charge par l'Etat.

Lire aussi le numéro 53 de Fakir (décembre 2011) : crise de la dette, ces solutions qui leurs font peur.

Empêcher qu'elle ne se reproduise

Les Etats doivent retrouver leur souveraineté monétaire, c'est à dire la possibilité de créer de l'argent pour assurer leurs investissements. En ce qui concerne la zone Euro, ceci doit se faire au niveau européen, ou sinon cela nécessitera pour les pays qui se donneront les moyens de cette souveraineté de quitter l'Euro.
De cette façon l'endettement public ne pourra pas se reproduire.

Frédéric Lordon (son blog) - qui propose la procédure ci-dessus de déprivatisation à peu de frais - suggère ensuite la mise sur pied d'un système socialisé du crédit, un système bancaire mutualisé (ni un monopole d'Etat, ni un système privatisé).
(Frédéric Lordon ne fait pas parti de ces "économistes" médiatiques, chiens de gardes du système capitaliste. Il écrit notamment dans le Monde Diplomatique. Vidéo de son intervention de décembre 2011 disponible sur cette page du comité Valmy).

Un autre rapport à l'argent et au travail est possible

La monnaie a pour vocation de faciliter les échanges. Si elle devient un bien accumulable elle est détournée de sa fonction première et devient le moyen de générer de l'inégalité.
Les Systèmes d'Echanges Locaux (S.E.L.) - qui permettent l'échange de biens et surtout de services sans argent - crééent une forme de monnaie d'échange basée sur le temps de travail et très peu accumulable. Ils sont à peine tolérés et sont actuellement condamnés à demeurer marginaux.

Aller plus loin : interdire l'usure

L'usure, c'est à dire le fait de faire payer un intérêt (un loyer) sur l'argent est le mécanisme qui permet aux détenteurs de capitaux de s'approprier la richesse produite par les autres. Au Moyen-âge cette pratique était considérée à juste titre comme un péché par toutes les religions.

On pourrait simplement imaginer que le capital prêté soit réévalué en fonction de l'inflation afin de conserver une valeur constante pendant toute la durée du prêt. Ainsi le prêt d'argent n'enrichira plus les riches sur le dos des pauvres.

Encore plus loin : l'allocation universelle (revenu de base)

Le modèle actuel est obsolète

La transformation radicale du système capitaliste est nécessaire et possible car le système technique qui lui correspond - la société industrielle - est aujourd'hui en voie de remplacement par un nouveau paradigme : la société de l'information. Les nouvelles technologies permettent notamment une grande facilité d'échange de l'information et l'automatisation de l'essentiel de la production de biens. L'investissement important de départ est rapidement amorti par une production de masse et dès lors la production de biens se fait à un coût quasi-nul. Plus de détails dans la page consacrée à la fin du capitalisme.

Ceci signifie d'une part qu'il n'y a quasiment plus besoin d'emplois dans le secteur industriel. Répéter qu'il faut "combattre le chomâge" est une abération. Il faut au contraire mettre sur pied un nouveau mode de répartition des richesses créées par les machines, dans lequelles ont été injectés la connaissance et l'information. L'emploi salarié est un modèle de production et de rémunération obsolète. C'est aussi une révolution idéologique : la fin de la "valeur travail".

Cela signifie d'autre part que la vente d'objets manufacturés est aussi obsolète : ces objets ont un coût de production quasi-nul et peuvent être dupliqués à l'infini. (L'exemple des oeuvres numérisées est frappant : les oligopoles de l'industrie du copyright essayent désespéremment de maintenir artificiellement leurs sources de profit en mettant en danger la liberté de l'Internet.) D'autres modes de soutien de la création sont possibles et doivent être mis en place.

Vers des transformations radicales du mode de vie

Le changement de système technique devra donc conduire à transformer radicalement la distribution des richesses. L'une des propositions les plus intéressante est l'allocation universelle. Son principe est le découplage entre revenu et travail. Elle n'est pas nouvelle mais les conditions économiques présentes la rendre désormais possible. Les obstacles à sa mise en place sont uniquement idéologiques.

L'allocation universelle est versée régulièrement à chaque individu, de sa naissance à sa mort. Ce versement doit être inconditionnel et doit être suffisant pour permettre à lui seul de vivre décemment. (L'allocation universelle remplace toutes les aides sociales actuellement versées.)
Dès lors personne ne sera obligé de rechercher un travail aliénant. Chaque personne pourra se consacrer aux activités qu'elle aura choisies et toute la communauté en bénéficiera. Les tâches pénibles qui resteront devront être très bien remunérées pour pouvoir être choisies. Ceci signifie une modification radicale de nos modes de vie et cela aura des conséquences sociales considérables. Cela pourra créer les conditions de l'avènement d'une véritable démocratie.

"J'ai un revenu pour pouvoir travailler" au lieu de "j'ai un travail pour avoir un revenu". Götz Werner.

L'allocation universelle est également désignée sous les vocables de "revenu de base", "revenu inconditionnel", RBI, "revenu universel", "revenu d'existence", "dividende universel", etc. (À noter : dans certaines propositions le montant qui serait versé est insuffisant, dès lors leur mise en oeuvre n'atteindra pas les objectifs espérés par l'allocation universelle).
Quelques liens en français : dossier dividende universel sur Owni.fr ; le site plateforme revenudebase.info et ses partenaires.
Une campagne de signature est en cours pour porter le débat devant les institutions européennes, voir dans les brèves.

La gratuité : ultime subversion ?

Dans une société fondée sur les rapports marchants, la gratuité est une idée particulièrement subversive.

Attention à ne pas confondre cela avec la gratuité apparente des services internet proposés par les grandes sociétés du secteur (Google, Facebook, etc.). Cette "gratuité" là a un coût exorbitant ! Lire : le piège de la pseudo gratuité.

Abolir l'argent ne suffirait pas à éliminer les rapports marchands si le troc s'y substitue. (Bien que le troc ait pour avantage de ne pas permettre d'accumulations considérables de capital, puisque dans ce cas le capital est nécessairement matériel.) Pour des raisons pratiques, le troc peut-être remplacé par une monnaie d'échange non accumulable.
A l'inverse la gratuité totale serait la base d'une société fondée sur de tout autres rapports.
Puisqu'il n'y aurait plus aucun profit économique à en tirer, toutes les activités parasitaires seraient abandonnées. Les activités contre-nature (polluantes, aliénantes) disparaîtraient de même. Seuls subsisteraient les activités vitales (production de nourriture saine, soins, vêtements (uniquement dans les pays froids !), logement...) et les activités agréables, créatives, formatrices... Se serait donc la fin du travail aliéné : la démocratie du travail serait instaurée.

Des expériences de gratuité ont existé : exemple les Diggers de San Francisco (1967), voir le site archive du mouvement : www.diggers.org
La gratuité existe dans des rassemblements alternatifs temporaires (ex : Rainbow family, Burning man (à vérifier), Ecotopia (à vérifier) ou dans des communautés établies : cela fonctionne ! Les transactions marchandes sont inexistantes entre les participants. Il est néanmoins en général encore nécessaire de disposer d'argent pour se fournir à l'extérieur en biens de première nécessité ne pouvant être produits sur place ; dans ce cas la contribution de chacun se fait souvent sur le mode du volontariat (don ou "prix libre"). Plus les espaces de gratuité se multiplieront, plus le recourt à des achats externes diminuera (du fait des possibilités accrues de production et d'entraide).

La gratuité (et le don) est la base de l'éthique des logiciels et oeuvres libres.

Faites l'expérience de la gratuité : offrez quelque chose à quelqu'un (un inconnu, un voisin) sans contrepartie et observez en les effets sur vous-même, sur l'autre, sur votre rapport à l'autre.

Exemple à la portée de (presque) tous : vous avez certainement chez vous des livres, des disques, des CD, des DVD, des cassettes audio ou vidéo que vous avez déjà lus, visionnés ou écoutés et qui dorment dans des rayonnages. Plutôt que de les y laisser ou d'aller les revendre à quelque margoulin qui vous les reprendra pour une bouchée de pain (pour les revendre dix fois plus cher), mettez-les dans une caisse et déposez celle-ci dans le hall de votre immeuble (ou dans un local de votre commune) avec une invitation à se servir. (Assurez-vous d'abord que votre concierge ne les mettra pas à la poubelle.) D'autres voisins vous imiterons certainement.

Page créée en janvier 2012.


Mouvement International pour une Ecologie Libidinale (M.I.E.L.) - www.ecologielibidinale.org - Dernière mise à jour le 10 février, 2012
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