L'esprit de 68

"Plus je fais la révolution, plus j'ai envie de faire l'amour ; plus je fais l'amour, plus j'ai envie de faire la révolution."
Slogan de mai 68.

L'année 2008, marquant le 40ème anniversaire des mouvements de 1968, sera pour nous l'occasion d'éclaircir, de mettre en valeur l'actualité de ce que l'on convient d'appeler "l'esprit de 68", qu'un certain candidat à l'élection présidentielle de 2007 (aujourd'hui président) a promi d'éradiquer.

Sommaire


Les mouvements de 1968

En France, les médias restent en général focalisés sur les évènements parisien du mois de mai. Il ne faut pas pourtant oublier que, d'une part, des révoltes étudiantes ont lieu non seulement dans plusieurs villes françaises mais aussi dans de nombreux pays, et que, d'autre part, ces évènements représente un point culminant d'un mouvement déjà amorcé quelques années auparavant.

Origines du mouvement

Contexte historique

Le milieu des années 60 est marqué par une intense floraison culturelle, utopique et révolutionnaire.
En 1959 le triomphe de la révolution cubaine, conduite par Castro et Guevara (assassiné en 1967) fait naître d'immenses espoirs chez les peuples opprimés et chez tous ceux qui rejettent les exploitations impérialistes et capitalistes. En même temps il fait peur aux impérialistes, au premier rang desquels le gouvernement des Etats-Unis défendant les intérêts économiques de ses grandes sociétés (agricoles et pétrolières et particulier), qui craignent la contagion et vont durcir la répression à l'intérieur comme à l'extérieur (en s'appuyant notamment sur les dictatures militaro-facistes ou en intervenant militairement). En particulier les bombardements massifs sur le Vietnam du Nord qui commençent en 1965 et l'engagement de G.I.'s de plus en plus nombreux à partir de cette date (essentiellement de jeunes conscrits).

Aux Etats-Unis, les révoltes étudiantes, se cristallisant autour du refus de la guerre au Vietnam, se multiplient sur les campus américains dès 1964 - et plus encore à partir de 1967 - et font l'objet d'une répression violente : dans plusieurs villes les policiers et miliciens tirent sur les étudiants désarmés et font de nombreux morts. Tandis que les noirs victimes d'un apartheid de fait et - au mieux - considérés avec paternalisme, se heurtent à une répression encore plus dure en tentant de faire valoir leurs droits (la plupart des leaders seront assassinés).

La révolte contre la guerre sera aussi portée par le mouvement pacifiste hippie ("Peace and love") véritable révolution culturelle et populaire issue de la jeunesse. Ce mouvement, marqué par l'influence des poètes de la "Beat génération", des cultures orientales et par celle des amérindiens, véhicule une puissante utopie remettant en cause les fondements de la société occidentale capitaliste et puritaine. Libre sexualité, vie communautaire, drogues "psychédéliques", mystiques orientales, sont autant d'expériences foisonnantes vers une conception radicalement autre de la société et de la vie. Le point culminant en sera l'éphémère "Summer of love" de l'été 1967 à San Francisco.

"L'énergie érotique est la clé de notre révolution. Un individu libre est capable de l'exprimer et de la décliner sous des formes toujours plus belles, toujours plus riches. La révolution sexuelle n'est pas un épiphénomène. Elle est au coeur du désir de liberté des jeunes. Les drogues psychédéliques, et la marijuana en particulier, éveillent le corps. C'est là le secret de leur attrait. J'ose affirmer que l'exaltation érotique est la finalité fondamentale de l'expérience psychédélique. La représentation croissante de la sexualité dans l'art et les médias est ce premier signe de notre victoire."
Timothy Leary, dans la revue East Village Other, juin 1969.

Voir la programmation en hommage au "Summer of Love" (été 2007) sur ARTE et le dossier de la bibliothèque de Montreuil.
Les effets s'en feront sentir avec quelques années de décalage (et moins d'impact) en Europe.

Enfin en Chine commence en 1966 la "révolution culturelle" (avec le mouvement des gardes rouges) qui consistera surtout en purges du parti et à envoyer tous les intellectuels dans les campagnes. En France, loin d'une réalité chinoise idéalisée, les idées maoïstes acquièrent en 1968 une certaine vogue parmi les gauchistes.

En France, cette époque est marquée par une forte croissance économique, dont les bénéfices tardent à être redistribués. La conception des rapports des patrons envers les ouvriers est de type autoritaire et/ou paternaliste. L'industrie encore puissante utilise largement les travailleurs immigrés maghrébins, victimes d'un racisme tenace, quelques années après la fin de la guerre d'Algérie (1962) et le massacre - par la police, dirigée par l'ancien collaborateur Maurice Papon - de centaines (ou milliers ?) de manifestants algériens le 17 octobre 1961 à Paris.

La période est également marquée par un essor progressif de la consommation : on construit des HLM à tour de bras et la voiture individuelle se généralise, la télévision fait son entrée massivement dans les foyers pour y distiller le rêve consumériste, le "spectacle" de la marchandise.

La révolte sexuelle de la jeunesse

D'un point de vue démographique, le milieu des années 60 marque l'arrivée à la fin de l'adolescence de la génération du "Baby-boom". Ces nombreux jeunes essayent de se faire une place dans une société de vieux, patriarcale, uniforme, sclérosée, rigide, notamment sur le plan sexuel.
Ainsi en France la figure de "tante Yvonne" (l'épouse du général-président De Gaulle) est-elle particulièrement emblématique d'un puritanisme archaïque. Rappelons en particulier qu'en France la contraception n'a été autorisée qu'avec la loi Neuwirth du 28 décembre 1967, et encore, cette loi ne sera-t-elle véritablement appliquée qu'à partir de 1972, voire 1974 pour la contraception orale (la pilule). L'avortement est lui totalement illégal. Pour tous ces jeunes que leur libido travaille, faire l'amour c'est à chaque fois prendre le risque d'une grossesse non désirée, et avorter clandestinement c'est prendre un risque mortel.
Dans ce contexte, les livres de Simone de Beauvoir (Le deuxième sexe, paru en 1949) et plus encore ceux de Wilhelm Reich, (La lutte sexuelle des jeunes, La révolution sexuelle) traduits pour la première fois en français par Boris Fraenkel en 1966 - ce qui lui vaudra d'ailleurs l'exclusion de son groupe trotskyste - (mais déjà diffusés en Allemagne) font l'effet de bombes conceptuelles et mettent le feu aux poudres.

En particulier deux conférences sur Reich qui ont lieu à Nanterre l'une en mars 1967 et qui conduit aux premiers incidents (voir plus loin), l'autre le 21 mars 1968, la veille du 22 mars, jour de l'investissement des locaux administratifs de l'université, qui marque le début des "évènements".
Reich apparaît dans une chanson de Philippe Val : Soixante-huit.

C'est ainsi que mai 1968 est d'abord la "révolte sexuelle de la jeunesse" pressentie dès les années 30 par Reich (à la fin de son ouvrage L'irruption de la morale sexuelle). Les premiers incidents, à la faculté de Nanterre, tournent autour de la revendication sexuelle : revendication de l'accès aux logements étudiants (non mixtes) en mars 1967, interpellation du Ministre sur "la question sexuelle" en janvier 1968. Voir notre page sur l'origine sexuelle du mouvement de mai 1968 dans laquelle nous citons plusieurs sources et présentons une série de tracts faisant directement référence aux revendications sexuelles.
Cette révolte s'accompagne d'un rejet du modèle familial patriarcal, clairement identifié comme brique de base de la construction d'une société autoritaire et anti-sexuelle.

Le rejet de la société spectaculaire marchande et du travail aliéné

Les mouvements de 1968 sont également porteurs d'une revendication de transformation radicale de la société capitaliste. En France le mouvement artistique et intellectuel situationniste, né à la fin des années 50 s'oppose à la guerre d'Algérie, met en lumière l'idéologie capitaliste aliénante et se construit politiquement autour du mot d'ordre d'inspiration anarchiste : "Tout le pouvoir aux Conseils d'ouvriers". Les textes de Guy Debord (La société du spectacle, 1967), de Raoul Vanegem (Traité de savoir vivre à l'usage des jeunes génération, 1967) ou la brochure De la misère en milieu étudiant..., distribuée en 1966 préparent le terrain. Terrain sur lequel les situationnistes "enragés" seront constamment présent au sein en particulier du "mouvement du 22 mars".
Les mouvements de 1968 sont donc porteurs d'une utopie radicale, anti-capitaliste et libertaire (même si trotskystes et maoïstes s'inviterons à la fête), rejettant les hiérarchies et les valeurs dominantes : argent, travail, famille, patrie... L'abolition du travail est à l'ordre du jour.
"On arrête tout, on réfléchi et c'est pas triste" : ce foisonnement utopique est particulièrement bien rendu dans les passionnantes planches dessinées par Gébé de 1969 à 1974, regroupées sous le titre L’an 01 et rééditées par L’association en 2000.

Le mode d'action, comme ce qui est visé comme objectif, est l'auto-organisation à la base - indépendamment des syndicats (d'étudiants ou de travailleurs), facteurs d'intégration au Système, et indépendamment des factions et partis politiques - et la convergence entre étudiants et ouvriers.

Sur mai 1968 en France on peut voir notamment les films documentaires suivants :
film Le droit à la parole et film Le joli moi de mai, du collectif A.R.C. (1968)
film Le pouvoir dans la rue, de Alain Tanner (1968)
film La socièté est une fleur carnivore, de Guy Chalon (1968)
film Les Lycéens ont la parole, émission TV Dim Dam Dom (1968)
film Le fond de l'air est rouge, Chris Marker (1977)
film D'un bout à l'autre de la chaine, du groupe Cinéthique (1978)
film Reprise, de Hervé Leroux (1995)

1968 dans le monde

Des mouvements de révolte de la jeunesse (étudiante et lycéenne) ont lieu presque simultanément dans divers pays du Monde. Pour plus de détails voir le dossier de Courrier International n°894-895 du 20 déc. 2007, p.39-62.

- Aux Pays-Bas, le mouvement Provo (1965-1967), précurseur des mouvements écologistes, anticipe les mouvements de 1968 en manifestant de manière festive contre la pollution, le travail aliéné, le racisme ou le militarisme. Lire une présentation sur le site de la revue Multitudes.
- En Allemagne, où les anciens bureaucrates du régime nazi sont toujours en place, les étudiants se mobilisent contre la guerre du Vietnam, face à "l'indifférence criminelle" de la population, et contre l'immobilisme étouffant d'une société autoritaire et sans morale, refoulant un passé sordide, et tout entière tournée vers la réussite matérielle. L'un des leader syndicaux étudiants, stigmatisé par la presse du pouvoir, fut victime d'un attentat. film Berlin 1968 du collectif A.R.C. (1968).
- En Angleterre aussi les étudiants manifestèrent contre la guerre du Vietnam.
- Aux Pays-Bas, la contestation est inspirée par le mouvement Provo.
- L'Italie est un pays sous le contrôle direct de la C.I.A. depuis la fin de la guerre (mise en place du réseau Gladio pour faire face au "péril communiste"). Celle-ci s'appuit localement sur la mafia, les groupes fascistes et les dirigeants corrumpus de la démocratie-chrétienne (cf. le scandale de la loge P2). Dans cette société vérouillée les étudiants se révoltent et font face comme ailleurs à une répression violente.
- En Grèce, en Espagne, au Portugal où régnent trois dictatures militaro-fascistes, la contre-culture de 1968 s'oppose à un pouvoir plus directement oppressif (y compris sur le plan des moeurs) mais qui n'en a plus que pour quelques années.
- Aux Etats-Unis les mobilisations contre la guerre du Vietnam continuent, en même temps que les émeutes raciales et les assassinats politiques (Martin Luther King, Malcolm X, etc.). Les hippies peu politisés communient dans la musique, le sexe et le LSD, tandis que des groupes activistes (les Diggers et les Yippies) présentent à la convention Démocrate de Chicago (1968) leur mascote - un cochon - comme candidat aux élections présidentielle ("pig for president"). S'en suivra le fameux procès des "sept de Chicago" (lien vers un site universitaire, en anglais).
film Les films du collectif Newsreel (dont No game (1967) et Yippie (1968)), film Black Panthers de Agnès Varda (1968), film La sixième face du Pentagone, de F.Reichenbach & C.Marker (1968), film Ice, de Robert Kramer (1969), film A la recherche de mon Amérique de Marcel Ophüls (1970), film Winter soldier du collectif Winterfilm (1972), film Les diggers de San Francisco, de A.Gaillard & C.Derensart (1998), film Following Sean de Ralph Arlick (2004).
- A Brasilia, la police investi les campus, il y aura quelques morts et de nombreuses arrestations. film Barra 68 - Sem perder a ternura, de Vladimir Carvalho (2001).
- A Mexico, le mouvement étudiant se déroule dans les mois qui précèdent la tenue les Jeux Olympiques. Le C.I.O. - Comité International Olympique - demande alors au gouvernement mexicain, une dictature dirigé par le PRI - Parti Révolutionnaire Institutionnel (sic) -, de liquider le problème au plus vite. Le 2 octobre 1968, alors que les étudiants et enseignants grévistes sont rassemblés sur la place des trois cultures à Tlatelolco pour un meeting où doit justement être annoncé une trève à l'occasion des J.O., l'armée et la police encerclent la place et ouvre le feu sur les assistants désarmés. C'est un véritable massacre qui est perpétré, jusque dans les appartements des immeubles où les étudiants cherchent à ce réfugier. Le bilan sera de plusieurs centaines (plusieurs milliers ?) de morts. film El Grito de Lebardo Lopez Aretche (1968), film Ni olvido, ni perdon, de Richard Dindo (2003) ; ainsi que la reconstitution du massacre dans le film film Rojo amanecer, de Jorge Fons (1989).
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Le Japon est lui aussi le théatre de révoltes estudiantines et sociales. film Kashima paradise de B.Deswarte & Y.Le Masson (1973)
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Même dans le monde arabe, l'influence de la libération sexuelle se fait sentir dans les milieux étudiants : on voit des minijupes à Beyrouth.
- En Europe de l'Est, dans un autre contexte répressif, a lieu le printemps de Prague. Là encore, sous l'impulsions des artistes et des intellectuels, le peuple réussi à entrouvrir un espace de liberté, qui sera rapidement refermé par les troupes du Pacte de Varsovie.
- Sans compter tous les autres pays (sur lesquels nous manquons d'information) où le vent de la liberté souffla en ces années là.

Le mouvement de contestation de l'ordre social par la jeunesse en 1968 est un mouvement mondial. Partout, que l'on se trouve sous un régime de dictature où en "démocratie", la réponse du pouvoir est la même : la répression par la violence.

L'après 68

"Ce n'est qu'un début, continuons le combat." Slogan de 1968.

Bien que sur le moment, en France, les évènements s'achèvent avec les accords de Grenelle qui ne concèdent qu'une augmentation de pouvoir d'achat aux travailleurs, quelques jours de congés payés (d'où l'expression "sous les pavés... la plage") et quelques facilités pour les syndicats, l'influence de 68 sera profonde et durable sur la décénnie qui va suivre, et elle se fait sentir encore jusqu'aujourd'hui.

Pas de révolution...

Mouvement de fond, visant à une transformation radicale de la société, le mouvement de 1968 n'atteindra pas ses objectifs en raison de l'action conjointe du gouvernement et des syndicats.
Pourtant les dominants ont eu vraiment peur : De Gaulle se rend en Allemagne pour ramener près de Paris les divisions blindées qui y étaient stationnées (cela aurait pu être Tien-an-men à Paris !) ou comme en témoigne l'anecdote de Jacques Chirac venant négocier rue de Grenelle avec un pistolet dans sa poche.
En réalité l'échec du mouvement est avant tout l'oeuvre du syndicat CGT (d'obédience stalinienne) qui empécha les rapprochements entre étudiants et ouvriers, puis qui récupéra le mouvement à son profit en négociant l'augmentation des salaires. Augmentation que les patrons n'eurent aucun mal à accorder étant donné la conjoncture économique.

... mais des expériences, des luttes et des victoires...

Féminisme et "libération" sexuelle

Du coté de la lutte contre le patriarcat, il n'y eu pas non plus de résultat immédiat : malgré les déclarations d'intentions, les milieux militants, pour l'essentiel, étaient et resterons encore longtemps marqués par le machisme. Il faudra que les femmes prennent directement en main la lutte pour faire bouger les choses.
De fait la décennie 1970 a été marquée par les luttes féministes notamment pour "le droit à disposer de son propre corps " : notamment pour la contraception et l'avortement - autorisé qu'avec la loi Veil du 29 novembre 1974 - et contre les relations patriarcales ("merci chéri, merci papa, merci patron"). film Où est-ce qu'on se "mai" ? de Ioana Wieder (1976), film Mais qu'est-ce qu'elles veulent ? de Coline Serreau (1977).
Parallèlement commencèrent les luttes homosexuelles, avec en particulier le FHAR (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire). film F.H.A.R. de Carole Roussopoulos (1971), film Manifestation contre la répression de l'homosexualité, du Lézard du péril mauve (1977). La dépénalisation de l'homosexualité n'intervint finalement qu'en 1982. Sur l'histoire du mouvement homosexuel lire l'analyse de Yves Roussel, paru dans la revue Temps modernes.
Mais après les premières victoires, ce sera la démobilisation due notamment à l'absence d'un projet féministe humaniste. Voir les errances du féminisme.
La libération sexuelle sera de courte durée et restera superficielle. Voir dans les FAQ : la révolution sexuelle n'a-t-elle pas déjà eu lieu ?

Communautés et expériences psychothérapeutiques et sexuelles

Les expériences communautaires se multiplièrent également après 1968, remettant en cause le couple, la famille et les relations sociales et de travail. S'il y eu des moments de grâce (lire l'anecdote Marcel l'ouvrier), la plupart des communautés se dissolvèrent au bout de quelques années surtout en raison des tensions internes : on ne surmonte pas sa névrose en quelques mois. Certaines communautés se sont malgré tout maintenues jusqu'à aujourd'hui (exemples en France : Longo Maï, La Nef des fous, Frayssinous) mais leurs membres se sont largement renouvellés et les expériences de communauté sexuelle n'ont pas survécues bien longtemps en raison des névroses, de la peste émotionnelle dont pouvaient être porteurs certains communards et en raison du retour à l'ordre puritain des années 80/90. Voir aussi une analyse sur le site Increvables Anarchistes.

Plus riche et plus durable fut l'expérience des communes AA (de l'Organisation d'Analyse Actionnelle : AAO), sous l'impulsion de Otto Muehl, artiste avant-gardiste autrichien, tirant son inspiration de l'oeuvre de Wilhelm Reich, furent créées un ensemble de communautés (dans plusieurs pays d'Europe) avec une démarche originale :
Partant du principe qu'il est peu efficace de suivre une psychothérapie pour s'émanciper sans pour autant quitter son environnement aliénant, O.Muehl et ses compagnons décident qu'il faut, pour se débarasser de ses névroses, tout à la fois suivre un programme thérapeutique - se sera l'analyse actionnelle, pratiquée en groupe - et recréer de nouvelles conditions sociales : la vie en communauté permettra de s'affranchir de la "petite famille" - creuset de la névrose - et de l'exclusivité sexuelle étouffante du couple. Les communes AA seront donc résolument des communautés sexuelles. Voir notre page consacrée au mouvement AA.

Fort typique de l'évolution sociale de l'après 68 est l'évolution d'un lieu expérimental français : l'Espace du possible. Projet issu de la psychologie humaniste et influencé par l'antipsychiatrie, l'Espace est un lieu autogéré où l'on expérimente de nouvelles psychothérapies (Rebirth, Bio-énergie, etc.) en même temps qu'un véritable "baisodrôme" dans les premières années qui suivent sa création (1977). Petit à petit l'esprit initial se perd, conduisant au départ de la plupart des fondateurs, et le lieu - sexuellement assagi et en quête de "respectabilité"- devient une vitrine des techniques de "développement personnel" florissant dans les années 90, de moins en moins autogéré et de plus en plus commercial.

Les années 1970 voient l'éclosion d'un ensemble de lieux de vie où s'expérimente l'antipsychiatrie, en particulier - en France - sur l'initiative de Maud Mannoni et Fernand Deligny. Ces lieux communautaires accueillent des personnes socialement inadaptées ("handicapés mentaux", jeunes délinquants) leur permettant ainsi d'échapper, au moins temporairement, à l'enfermement des hôpitaux psychiatriques. Voir notre fiche de lecture du livre de Claude Sigala consacré à l'expérience du Coral.

Luttes sociales

Les années 70 voient surgir de nouvelles formes de luttes sociales directement influencées par les idées novatrices de 68.

Au Larzac, les paysans s'opposent à l'extension du camp militaire, décidée en 1971, qui doit les exproprier. Ils reçoivent un soutien de la France entière, nombreux sont ceux qui déchirent alors leur livret militaire et des "hippies" viennent s'installer temporairement ou pour des années sur les terrains menacés, avec le mot d'ordre "Gardarem lo Larzac". Après 10 années de tenacité, les autorités renonceront à l'extension du camp (1981). "Nous avons gagnés car nous étions les plus faibles" lira-t-on sur les pierres du Causse.
Voir notamment le film : film Tous au Larzac, de Christian Rouaud (2011).

A la pointe du Finistère, les habitants de Plogoff s'opposent à la construction d'une centrale nucléaire, décidée en 1978. Pendant des mois (début 1980), et avec le soutien de sympatisants venus de toute la France, ils tiendront bon malgré les intimidations, les incarcérations, les charges de CRS, jusqu'au retrait du projet, puis son abandon définitif en 1981 (à la faveur du changement de gouvernement).
Voir notamment le film : film Plogoff, des pierres contre des fusils, de Nicole Le Garrec (1980).

A Besançon, les patrons de la manufacture d'horlogie Lip ferment ses portes au printemps 1973. Qu'à cela ne tienne : les ouvriers les rouvrent. Avec le mot d'ordre : "on fabrique, on vend, on se paye" débute l'une des expérience les plus marquante d'autogestion. Là encore, le soutien venu de la France entière permet la survie de l'entreprise tombée aux mains de ses employés. Les employés gèrent collectivement leur entreprise en dépit du syndicat CGT qui voulait les faire rentrer dans la légalité. Peu après la reprise, début 1974, par un gestionnaire finalement désigné après des négociations avec le gouvernement, ce dernier torpille l'entreprise - pourtant viable - en ne respectant par les accords passés (payement des dettes) en lui retirant les commandes de Renault (entreprise alors publique) et en faisant pression sur les autres clients et fournisseurs importants. "Il faut les punir" commente Giscard, le président de la République (Chirac est le premier ministre). Il s'agit aussi de prévenir la contagion par l'exemple, au moment où les effets du choc pétrolier vont se faire sentir.
film A pas lentes, du collectif Cinélutte (1979), film Les Lip, l'imagination au pouvoir, de Christian Rouaud (2006) Lien vers le site du film et sa documentation.
Ce qui restera de plus positif se sera l'expérience collective de nouvelles relations entre les personnes, comme l'a fort justement pointé Roger Dadoun dans son analyse du conflit Lip (à lire dans cet extrait de Cent fleurs pour Wilhelm Reich, § "démocratie du travail").

Une période florissante pour la pensée et les arts : l'imagination au pouvoir

En occident, les années qui précèdent et suivent 1968, sont les plus riches de la seconde moitiée du XXème siècle, tant sur le plan artistique que dans les sciences sociales.
Une véritable culture populaire (par le peuple, pour le peuple, mettant en scène le peuple) fait irruption sur une scène culturelle dominée par la médiocrité bourgeoise (exception faite bien sur de quelques géniaux précurseurs).

Le cinéma, qui est le plus jeune des arts n'avait pas encore atteint la maturité. Dans les années 1950 il était dominé par le classicisme des productions propagandistes hollywoodiennes vendant le rêve américain, où celui du "cinéma de papa" en France. Au début des années 1960, la nouvelle vague (française, britannique - "les jeunes gens en colère" : Lindsay Anderson, Karel Reisz, Tony Richardson, Richard Lester, etc. -, tchécoslovaque...) et l'explosion du cinéma expérimental (notamment américain) va bouleverser l'esthétique du cinéma, à travers des expériences tous azimut, subvertisants chacune à leur manière l'ordre ancien.
Cela va des films intimistes (Philippe Garrel, Jean Eustache, Agnès Varda) aux films populaires jubilatoires (Luc Moullet, Roger Corman, Sergio Leone, Seijun Suzuki) et érotiques (Jess Franco, Russ Meyer, Pier Paolo Pasolini, Jens Jörgen Thorsen, Kiyu Yoshida) en passant par des oeuvres socio-politiques (René Vautier, Claude Faraldo, Alain Tanner, Claude Goretta, Peter Brook, R.W. Fassbinder, Volker Schlöndorff, Francesco Rosi, Shohei Imamura, Mohammed Lakhdar Hamina, Ousmane Sembène) et un cinéma engagé d'une grande exigence (Chris Marker, Costa-Gavras, Peter Watkins, Harun Farocki, Robert Kramer). Impossible de citer tous les auteurs qui ont compté. Cette énumération est d'ailleurs tout à fait vaine : elle n'est là que pour donner une idée du foisonnement absolument unique de ces années. Le point commun de toutes ces oeuvres est qu'elles mettent en scène le grand oublié des livres d'histoire : l'homme du peuple. C'est aussi le moment où se constituent de multiples collectifs qui vont sur le terrain pour donner la parole à ceux qui ne l'ont jamais eu (prolétaires, paysans, femmes, afro-américains, immigrés, handicapés, colonisés...). Voir notre filmographie.

La culture hippie est le phénomène culturel majeur des années 60/70 : libre sexualité, vie en communauté, pacifisme, proximité avec la nature, drogues psychédéliques, musique folk et influences orientales (et amérindiennes) en sont les principales lignes de forces. Voir nos liens.

Dans le domaine de la pensée, l'époque vit se développer une critique radicale du Système dans ses fondements. Caractéristique rare, l'objet des sciences sociales (la société) put être étudié en mettant à plat tous les a priori et tous les préjugés, véhiculés implicitement ou non par le cadre de pensée dominant. Notamment les a priori sur la nature humaine et l'ordre social "naturel". C'est à dire à l'opposé des pseudo-intellectuels d'aujourd'hui dont la pensée est circonscrite à l'intérieur de l'idéologie du néo-libéralisme. "L'imagination au pouvoir", ce n'est pas un simple slogan, c'est la condition même de toute pensée novatrice et radicalement critique. Et cela s'oppose au "réalisme" érigé en valeur.

Parmi les chercheurs qui réussirent alors à penser hors du cadre dominant, il faut notamment citer Michel Foucault (Histoire de la folie à l'age classique, 1972), Jean Baudrillard (La société de consommation ; Le système des objets, 1968), Herbert Marcuse (L'homme unidimensionnel ; Eros et civilisation) et l'école de Francfort, Pierre Bourdieu (La distinction), Eugène Enriquez (De la horde à l'Etat), Constantin Castoriadis (L'institution imaginaire de la société), Gilles Deleuze, Ivan Illich (Une société sans école), Guy Debort (La société du spectacle, 1967), Raoul Vaneigem (Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, 1972) et les situationnistes. Ces auteurs sont toujours aujourd'hui les références les plus pertinentes (avec quelques unes plus anciennes, et très peu de plus récentes) pour comprendre et dépasser la système idéologique néo-libéral. Voir notre bibliographie. Voir le film sur l'expérience de l'université de Vincennes : film Le ghetto expérimental, de A.Schmedes & J.-M. Carré (1975).

Dans tous les domaines ces années furent un âge d'or. Depuis la fin des années 70 force est de constater un tarissement général de la créativité artistique et de la pensée critique.

La remise en question de toutes les institutions et le développement d'alternatives

Les institutions servant à encadrer les individus, toutes plus ou moins construites sur le modèle de la prison (comme Michel Foucault l'a montré), sont dévoilées dans leur rôle répressif.
La maternité, l'école, la caserne, l'église, le stade, l'université, la prison, la médecine, l'hôpital, l'hôpital psychiatrique, l'usine, les bureaucraties, sont mises en cause dans leur structure même.
Les années qui suivent 1968 voient ainsi advenir en théorie et en pratique (restant le plus souvent marginale) :

L'émergence de l'écologie et de la critique de la croissance

Le "retour à la nature" n'est pas seulement limité à la constitution de communautés rurales. Il s'agit aussi de la prise de conscience des dangers que le système capitaliste et son idéologie prédatrice et morbide fait courir à l'équilibre de la planète. Ainsi que du déséquilibre psychique qui résulte de la vie aliénée de part sa séparation d'avec la nature.

Après l'éphémère mouvement Provo (1965-67), c'est au tout début des années 70 que Greenpeace se créé et monte sa première action qui consista à s'interposer physiquement pour empécher des essais nucléaires Américains. C'est en 1970 que le club de Rome théorise la critique de la croissance économique.

Il faudra des décennies de lutte opiniatre (et tant de saccages et de catastrophes écologiques) pour que ces certaines de ces idées commencent enfin à être admises dans les cercles gouvernementaux. Et encore dans une version qui ne remette surtout pas en cause les profits capitalistes.

 

Il est notable de constater que les principales organisations de défense des droits humains et de l'environnement naîtrons dans la foulée du mouvement soixante-huitard (Amnesty, Survival, Greenpeace...).
La parcellarisation des luttes en une miriade de causes et d'associations permettra certes à la critique et l'engagement politique de se diffuser largement au sein de la société. Néanmoins les objectifs de transformation sociale radicale sont dans la plupart des cas évacués au profit d'une vision réformiste qui ne remet pas en cause le système dans sa globalité mais seulement ses prétendus "dysfonctionnements". Ces compromis expliquent en grande partie l'échec relatif de toutes ces luttes.

... qui n'empécheront pas l'instauration du néo-libéralisme et de son idéologie.

Le désespoir génère la violence

Au milieu des années 70 il devient évident que les tentatives d'émancipations avaient partout échouées : "there's no future" éructe Sid Vicious le chanteur des Sex Pistols dans un accès de rage impuissante, vers 1975 (dans la chanson "God save the queen").
Ebranlé dans ses bases, le système capitaliste "libéral" (les classes dominantes, les Etats) a tombé le masque et fait donner ses chiens de garde (police, armée, milices, presse réactionnaire et syndicats). La désillusion est à la mesure des espoirs soulevés par la mobilisation populaire.

Les drogues des désespérés (héroïne - dont la diffusion est à mettre à l'actif du F.B.I. qui l'a utilisé pour briser le mouvement noir américain) et des yuppies (cocaïne, amphétamines) ont remplacé les voyages psychédéliques et les derniers jusqu'au-bout-istes rêvent qu'ils pourront déclancher l'insurrection populaire en posant quelques bombes sur des cibles symboliques (Brigades rouges (Italie), Fraction armée rouge (Allemagne), Action directe (France), - mention spéciale pour les militants du Weather underground (Etats-Unis) qui eux ne firent aucune victime et ne furent jamais capturés). film The Weather underground, de S.Green et B.Siegel (2004).
Les gouvernements auront alors beau jeu de discréditer la contestation et de durcir la répression, faisant preuve d'une violence encore plus grande, et n'hésitant pas parfois à utiliser la provocation et à instrumentaliser les groupes fascistes (exemples : les attentats de Milan, les plus meurtriers des années 60/70, et l'assassinat de l'anarchiste Pinelli - lien vers le site Increvables Anarchistes).

La casse des services publics et des protections sociales

C'est déjà sous la présidence de Pompidou (1969-1974) que les classes dominantes préparent une nouvelle phase du capitalisme. En effet après la mise en place du néo-colonialisme qui met en coupe réglée les pays du Tiers-monde, il s'agit de trouver d'autres terrains de conquêtes : ce sera le secteur public des pays Occidentaux.
Cette nouvelle conquête (la privatisation des services publics - héritage, en France, du Conseil National de la Résistance) débutera de façon effective d'abord aux Etats-Unis avec Reagan (élu en 1981) et en Grande-Bretagne avec Thatcher (élue en 1979), dirigeants directement formés par les économistes idéologues de l'école de Chicago* (Milton Friedman et ses acolytes ; Friedrich Hayek en Grande-Bretagne). Le néo-libéralisme atteindra la France en mars 1983 sous la présidence de Mitterand : virage de la "politique de rigueur" adopté par le troisième gouvernement de Pierre Mauroy - qui cédèra la place en 1984 à Laurent Fabius.

*Le laboratoire du néo-libéralisme sera dès 1973 le Chili de Pinochet : lieu idéal pour ces défenseurs de la "liberté" économique.

Dans tous les domaines se sont les logiques de profit qui s'imposent au détriment de la démocratie, de la santé, de l'environnement, de la culture, de la sécurité matérielle, du bien-être.

Récupération consumériste et publicitaire

Les mouvements du printemps 1968 marquent l'avènement dans le monde d'une nouvelle classe sociale : la jeunesse. Celle-ci deviendra rapidement un segment de marché, les capitalistes sauront très rapidement orienter ses aspirations vers la consommation. Après tout, pour beaucoup de jeunes petits bourgeois entrainés par le mouvement de 68, mais sans réelle culture politique, il ne s'agira plus que de se faire une place au soleil de l'abondance matérielle. Cela explique qu'un bon nombres de soixante-huitards repentis se retrouvent par la suite dans la hiérarchie du capital, notamment dans les entreprises de marketing ou comme "penseurs médiatiques" : les "néo-réacs", contempteurs de "l'esprit de 68".

Après 1968, la publicité prendra un nouveau visage : le "jouir sans entraves" des situationnistes se verra perverti pour devenir un appel à la consommation sans limite. Après la pseudo libération sexuelle, le marketting utilisera jusqu'à la corde la fibre libidinale, jouant sur et créant de la frustration par de nouveaux "besoins" pour entrainer les pulsions d'achat. Recherche illusoire du bonheur dans l'addiction matérielle.
Féminisme, liberté sexuelle, militantisme, "modes" vestimentaires... tout sera plus ou moins récupéré dans le grand bain consensuel du marketing et des illusions libérales. Dans le nouveau vocabulaire (novlangue) médiatique de l'idéologie néo-libérale, la LQR, "patron" devient "entrepreneur", "ouvrier" devient "opérateur", "pauvre" devient "modeste", "clochard" devient "SDF", "sous-prolétariat" devient "exclu", "classe sociale" devient "catégorie sociale" etc.
La publicité en particulier réussit à vider de leur sens politique certain mots tel que "révolutionnaire" (très utilisé dans les publicités des années 70/80) qui prend le sens de "innovation technologique" ou le mot "liberté" (très utilisé en ce moment) qui devient synonyme de confort et bien-être individuel.
Voir aussi l'exemple d'une publicité pervertissant le féminisme.

Quand aux idées écologistes, quand elles finiront par s'imposer dans la société, multinationales et gouvernements s'en empareront à des fins de valorisation, en adoptant par exemple le concept absurde de "développement durable" (un parfait oxymore). Dans les logiques et les pratiques rien n'a encore changé comme en donne l'exemple de la promotion du bio-carburant éthanol (les cultures détruisent les dernières forêts primaires et le bilan énergétique est négatif) ou des OGM.

Seuls les projets de transformation sociale vraiment radicaux ne peuvent être assimilés par le néo-libéralisme.

Masquage médiatique

Dans la plupart des médias au main du capital (ou de l'Etat), mai 68 est généralement réduit à un affrontement de personnes (Cohn-Bendit contre De Gaulle) selon le procédé typique de l'idéologie dominante : la personnalisation, destiné à vider l'évènement de son contenu politique. Voir notre résumé du film film D'un bout à l'autre de la chaîne (Collectif Cinéthique, 1978) analysant le traitement médiatique des évènements à l'occasion de leur 10ème anniversaire.

En conclusion : qu'est-ce qu'évoque la locution : "l'esprit de 68" ?

Consciemment ou non, la référence au mouvement de mai 1968 (et aux luttes et réformes qui ont suivis dans les années 70), évoque :

"L'esprit de 68" est la manifestation collective de la pulsion de vie, une formidable aspiration à la liberté. C'est pourquoi son souvenir reste si prégnant et suscite les engouements les plus enthousiates comme les haines les plus féroces - du coté de ceux qui sont atteint de peste émotionnelle.
Cette aspiration ne se limite bien évidemment pas à un évènement historique ponctuel, elle chemine souterrainement dans toutes les sociétés qui répriment la sexualité et la liberté et devient visible lorsque les conditions socio-historiques y sont favorables.
Aujourd'hui la répression se fait plus subtile car l'idéologie libérale repose sur les illusions de liberté (politique, sexuelle, etc.) qui obscurcissent la conscience des individus aliénés et donc démobilisés. Pour les pessimistes, l'époque contemporaine réunit plus les conditions de l'avènement d'un néo-fascisme que celles d'une émancipation populaire. Pour les optimistes il est encore possible de mettre en oeuvre une stratégie pour évoluer vers la démocratie.

Quoi qu'il en soit, "l'esprit de 68" est immortel car la pulsion de vie renaît intacte avec chaque nouveau-né. Et il faut les efforts constants de tous les "éducastreurs" pour la mettre en cage.

"Les révolutionnaires seront des enfants ou ne seront pas, les révolutions seront un jeu d'enfant ou ne seront pas." Jules Celma dans L'école est finie.

En savoir plus

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"Plus je fais l'amour, plus j'ai envie de faire la révolution ; plus je fais la révolution, plus j'ai envie de faire l'amour."

 


Mouvement International pour une Ecologie Libidinale (M.I.E.L.) - www.ecologielibidinale.org - Dernière mise à jour le 10 février, 2012
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