A quoi et à qui sert la guerre ? Les guerres mondiales contre le peuple

Les guerres entre "nations" sont décidées par ceux qui ont le pouvoir : les puissants. Au XXème siècle (où nous prendrons nos exemples) le pouvoir est détenu par les grands capitalistes et leur politique est appliquée par les gouvernements qui en sont généralement les émanations.
Lorsque leur propagande (les idées nationalistes et militaristes) est efficace, une partie plus ou moins importante de la population soutient également la guerre.

Les bénéfices attendus de la guerre par les grands capitalistes sont multiples :
- briser les concurrents des autres pays et conquérir ainsi leurs parts de marché - ici il y a des gagnants et des perdants ;
- prendre le contrôle des ressources naturelles - cas de la guerre (néo-)coloniale ;
- tirer un profit financier immédiat de la guerre (vente d'équipements militaires, contrats pour les sociétés de mercenaires) ;
- purger les classes populaires lorsqu'elles deviennent remuantes.

C'est ce dernier point qui est le plus intéressant et le plus passé sous silence. C'est pourtant, en ce qui concerne les deux plus grands conflits armés de l'histoire, le plus évident. La guerre n'est pas seulement la continuation de la concurrence capitaliste par d'autres moyens, c'est l'ultime moyen de défense des dominants contre leur propre peuple.

La première guerre mondiale : 1914-1918

Celle-ci se déclenche au moment où dans toute l'Europe les mouvements ouvriers commencent à s'organiser efficacement à une échelle internationale (ex : l'activité de Jaurès, de Rosa Luxembourg, de Lénine, etc.) Jean Jaurès est justement assassiné à la veille du déclenchement du conflit alors qu'il mobilisait tout ses efforts pour l'empêcher, notamment par le rapprochement avec les travailleurs allemands.
Si la guerre sera fatale au régime tzariste (révolution russe de 1917), les autres pays neutraliseront ainsi les forces révolutionnaires (y compris par la force pour l'Allemagne : écrasement du soulèvement Spartakiste de 1918 à l'aide des troupes revenues du front après la défaite).
Il a d'ailleurs été établi que, au cours du conflit, les régiments "douteux" (c'est-à-dire ayant dans le passé refusé de tirer sur les ouvriers pendant des grèves) seront envoyés aux endroits du front les plus dangereux afin d'y être exterminés. A l'échelle individuelle il était également aisé de liquider des "meneurs" et autre éléments suspectés de subversion en leur confiant une mission "suicidaire".

De plus la guerre tombe à pic pour liquider l'excédent de main d'oeuvre du à la mécanisation croissante de l'agriculture et de l'industrie. Bilan : plus de 10 millions de morts, essentiellement des paysans et des ouvriers.

"La guerre ce sont des gens qui ne se connaissent pas qui se massacrent, au profit de gens qui se connaissent mais qui ne se massacrent pas." Paul Valery.

La seconde guerre mondiale : 1936-1945

Là encore c'est au moment où les "Fronts populaires" menacent l'ordre capitaliste que se déclenche le second conflit mondial. En Italie (1922) et en Allemagne (1933), la dictature portée au pouvoir avec l'aide des grands capitalistes a permit de neutraliser les velléités révolutionnaires du peuple.

Le parti National-Socialiste allemand a été reconstruit dès le début des années 1920 par un financement massif de la part de Henry Ford (le célèbre industriel américain). Lequel est également l'inspirateur principal de la doctrine antisémite des Nazis. Les industriels allemands (mais aussi français) ont également largement contribué à l'arrivée au pouvoir de Hitler. Les compagnies automobiles Ford et General Motors ont ensuite grandement contribué à la production de véhicules militaires pour l'armée allemande, jusqu'à l'entrée en guerre des Etats-Unis (décembre 1941).
Lire par exemple cet article du Washington Post de 1998. Deux livres clés : Stefan Kühl, The Nazi Connection. Eugenics, American Racism, and German National Socialism, Oxford University Press, New York, 1994 et Max Wallace, The American Axis. Henry Ford, Charles Lindbergh, and the Rise of the Third Reich, St. Martin’s Press, New York, 2004.

Dans les "démocraties" bourgeoises, malgré les sympathies des milieux dirigeants pour Hitler, les mobilisations ouvrières des années 1930 permettent de porter au pouvoir des gouvernements sur des programmes de réforme plus ou moins radicale du système capitaliste. "Plutôt Hitler que le Front populaire" disaient les bourgeois de l'époque.
Ainsi la guerre commence-t-elle début 1936 par l'attaque de l'Espagne républicaine du "Frente Popular" par les troupes fascistes de Franco (essentiellement composées de marocains enrolés de force), avec le soutient actif des dictatures fascistes (Allemagne, Italie) et le soutien passif (non intervention) des régimes parlementaires bourgeois (Angleterre, France).
Les sympathies persistantes de la plus grande partie de la classe dirigeante des "démocraties" (le grand capital, regroupé dans la Synarchie) pour Hitler (vu comme "le dernier rempart contre le bolchévisme") mèneront aux accords de Munich (1938) qui livrent la Tchécoslovaquie aux Nazis, alors qu'il eut été encore possible d'arrêter l'Allemagne qui n'avait pas encore terminé son réarmement. La responsabilité directe (trahison) de la classe dirigeante française dans la défaite de la France en 1940 est maintenant tout à fait établie par les travaux des historiens qui ont eu accès aux archives : llire l'ouvrage de Annie Lacroix-Riz : Le choix de la défaite. A la libération, tout sera fait pour restaurer la situation antérieure du rapport de domination (d'où l'élimination de Jean Moulin, le seul qui n'avait pas la haine du "rouge").

Le choix de la défaite : conférence tenue par Annie Lacroix-Riz à l'invitation de Solidarité et Progrès, le 28 septembre 2006,
une formidable leçon sur la façon d'appréhender l'histoire :


Format flash video 320x240, durée 3h22mn. Visualisable et téléchargeable depuis http://www.dailymotion.com/video/x5njza_le-choix-de-la-defaite-annie-lacroi_news

La guerre froide : 1948-1992

Elle se présente tout d'abord comme l'affrontement des deux empires sortis vainqueurs du précédent conflit mondial - et de leurs idéologies respectives. Mais ce sont en réalités les désirs d'émancipation des peuples qui en sont les victimes. Elle s'achève en 1992 avec la destruction du dernier pays d'Europe ayant une économie non-capitaliste : la Yougoslavie.
On peut y rattacher également les guerres de décolonisation concernant les anciens empires passés au second plan (principalement France et Grande-Bretagne), où finalement, en dépit des indépendances proclamées, la plupart des peuples resteront sous le joug d'un néocolonialisme s'appuyant sur la corruption, les dictatures et les conflits inter-ethniques.
Son intitulé "guerre froide" est trompeur car il aurait tendance à masquer la féroce répression politique et les nombreux massacres qui la jalonnent.

La répression à l'intérieur des zones d'influences

U.S.A. (chasse aux sorcières, répression du mouvement d'émancipation des noirs, des amérindiens et du mouvement communautaire hippie - programme cointelpro), Amérique latine (opération Condor), Timor oriental.

U.R.S.S. (répression des dissidents), Europe de l'Est.

Les guerres aux marges des zones d'influences

Corée, Vietnam-Laos-Cambodge, Proche-Orient, Afghanistan, Yougoslavie.

La "guerre contre le terrorisme" (2001...)

Cette guerre sans limite, initiée par une faction (les néoconservateurs) de l'establishment des États-Unis d'Amérique, vise à l'établissement d'un nouvel ordre mondial conceptualisé par le Project for the New American Century (PNAC). Sa doctrine militaire est détaillé dans le rapport du PNAC Rebuilding America's Defenses. En lire la traduction. Cette faction se trouve simultanément ou successivement dans les think-tanks néoconservateurs, à la tête de grandes entreprises du complexe militaro-industriel et à des postes clés de l'administration U.S. Voir l'organigramme. Selon ces néoconservateurs, il s'agit de la 4ème guerre mondiale (la 3ème étant la guerre froide)

La guerre vise à s'emparer des réserves énergétiques (pétrole, gaz, uranium) et de leurs voies d'acheminement (pipeline), à déposer des régimes qui ne sont pas favorables aux intérêts américains (notamment Irak, Lybie, Syrie, Iran) et à juguler toute contestation interne (Patriot Act et nombreuses autres législations liberticides) au sein de l'empire États-Uniens et de ses satellites. Le "terrorisme" est un prétexte commode qui permet de s'assurer de l'adhésion - en suscitant notamment la peur - de la grande majorité de la population et des représentants élus.

Contrairement à l'illusion données par les images et discours médiatiques ("frappes chirurgicales") les premiers conflits ont entrainé directement ou indirectement la mort de plusieurs millions de personnes en Irak et en Afghanistan.

En ce qui concerne le déroulement et les responsabilités des attentats du 11 septembre 2001 (et de quelques autres qui ont suivi), nous vous invitons à vous faire votre propre opinion en prenant connaissance des faits qui ont été mis à jour après des années d'enquêtes. Le site reopen911.info a réuni et traduit une documentation importante. Lire par ailleurs dans notre foire aux questions (F.A.Q.) un paragraphe consacré à l'usage de l'expression "théorie du complot".

2012 : La fin de l'habeas corpus aux États-Unis : une régression de plusieurs siècles

Le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique légalise la détention arbitraire : désormais l'armée pourra détenir toute personne suspectée de lien avec le "terrorisme", indéfiniment et sans procès (voté au Sénat du NDAA 2012, le 16 décembre 2011). Début 2013 un memorandum du Ministère de la Justice justifie l'assassinat de personnes considérées comme une menace. La cellule spéciale chargée de ces exécutions extra-judiciaires est désormais officialisée. (Le nombre d'assassinats commis par le gouvernement U.S. depuis 10 ans est estimé à 3000.)
L'habeas corpus est un principe de droit qui protège les individus contre l'arbitraire du pouvoir étatique.
Ce vote - très largement majoritaire - intervient dans un contexte où le mot "terrorisme", dont la définition par l'usage qu'en font les media, les politiciens ou les entreprises devient de plus en plus large. On ne parle plus de militants anti-capitalistes mais d'anarcho-terroristes. On ne parle plus de militants écologistes mais d'éco-terroristes.

L'armée comme outil de répression

En dehors des grandes guerres "purificatrices", l'armée a de tous temps servi à réprimer les révoltes populaires (des jacqueries de l'Ancien Régime aux grèves ouvrières de l'ère industrielle et aux révoltes étudiantes du XXème siècle).
Il suffit de faire un tour dans les salons professionnels présentant les innovations en matière de "sécurité" pour voir que l'essentiel de cette industrie est dédiée au contrôle et à la répression des foules ou des individus. C'est bien à la lutte contre les soulèvements populaires que s'entrainent policiers et militaires de nos "démocraties". L'architecture urbaine est elle-même conçue en fonction de ces visées sécuritaires (Cf. le film Pas lieu d'être de Philippe Lignière, 2003), systématisant en cela les réalisations d'Haussman qui fit dégager dans Paris des perspectives pour permettre le tir des canons (Suite aux insurrections de 1830 et 1848).
Aujourd'hui l'Europe néo-libérale est en train de ressembler de plus en plus au projet des capitalistes des années 1930 alliés aux Nazis. Lire l'Europe néo-fasciste est en marche.

La France a d'ailleurs acquis quelques lettres de noblesse en matière de lutte "anti-subversive" puisque se sont ses officiers qui ont mis au point les techniques de torture systématisée pour lutter contre le F.L.N. en Algérie. (Cf. le film La bataille d'Alger de Gillo Pontecorvo (1966), qui servit même de support de formation !) Techniques qu'ils exportèrent ensuite - avec le succès que l'on sait - aux États-Unis (lesquels ont formés les policiers et militaires de presque toutes les dictatures militaro-fascistes, notamment celles d'Amérique Latine).

"La guerre des classes existe, c'est un fait, mais c'est la mienne, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner."
Warren Buffett, 2006.


Mouvement International pour une Ecologie Libidinale (M.I.E.L.) - www.ecologielibidinale.org - Dernière mise à jour le 16 septembre, 2016
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