La Novlangue contemporaine

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Le vocabulaire de l'idéologie dominante, la LQR (d'après Eric Hazan et LTI de Victor Klemperer)

« Ne voyez-vous pas que le véritable but du Novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin nous rendrons littéralement impossible le crime-pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. », Georges Orwell in 1984.

LQR = Linguae Quintae Respublicae (la langue de la cinquième république)
LTI = Linguae Tertii Imperii (la langue du troisième reich)

Comment et pourquoi "République française" devient "France" ; "patron" devient "entrepreneur" ; "ouvrier" devient "opérateur" ; "personnel" devient "ressources humaines" ; "usager" devient "client" ; "chomeur" devient "demandeur d'emploi" ; "pauvre" devient "modeste" ; "riche" devient "aisé" ; "clochard" devient "SDF" ; "sous-prolétariat" devient "exclu" (à "réinsérer") ; "classe sociale" devient "catégorie sociale" ; "charité" devient "humanitaire" ; "colonisation" devient "développement" (ou "humanitaire") ; "bombardement" devient "frappe chirurgicale" ; "victimes civiles" devient "dégâts collatoraux", "récession" devient "croissance négative" ; "pensée unique" change de sens ; l'obsolescence programmée, mise en place par les "ingénieurs qualité", se dissimule derrière l'"innovation technologique" ; usage de "réforme" ou "modernisation" pour promouvoir des mesures de régression sociale (également "flexisécurité"), l'oligarchie s'appelle "démocratie", "anarchie" prent le sens de "chaos", etc.

Véritable Novlangue, la LQR sert à masquer la réalité par son contraire. Elle est une conséquence (une extension) de l'action politique des gouvernants qui depuis bien longtemps font le contraire de ce qu'ils disent.
La Novlangue se construit soit - rarement - en créant de nouveaux mots, soit en changeant la connotation (valeur positive ou négative) de certains mots, soit en en changeant le sens. La Novlangue est le plus souvent construite par les dominants (hommes politiques, grands patrons...) et elle se diffuse en étant relayée et appropriée par les médias.

Exemples :

Le mot "libertin" désignait un mouvement philosophique libertaire, issue des Lumières (XVIIIème siècle), défendant les libertés - dont la liberté sexuelle fait partie - face à l'arbitraire du pouvoir. Ce mot est vidé de son sens politique et philosophique. Il désigne de nos jours les personnes ou les lieux où se pratique l'échangisme. Dans ces clubs "libertins" les pratiques sexuelles - très codifiées, et influencées par la pornographie - n'ont rien de libre. Une étude sociologique(1) sur ces clubs a d'ailleurs mis en évidence qu'ils sont largement fréquentées par des personnes ayant des opinions politiques d'extrême droite !

(1) Daniel Welzer-Lang, La Planète échangiste.

Le mot "respect" est très à la mode. Il a d'abord été utilisé pour lutter contre la discrimination et le sexisme. Puis son sens à été perverti de façon à légitimer l'autorité et l'intolérance. En effet le manque de respect est maintenant attribué à toute personne qui ne se conforme pas aux normes et à la pensée dominante. Le déviant ou l'opposant devient donc - puisqu'il manque de respect - sanctionnable.

Exemple d'une affichette de la RATP posée dans le métro parisien (mai 2007), qui s'adresse aux jeunes. Cette affichette à été "conçue" par des élèves d'une classe de 6ème au cours d'un atelier animé dans un collège par des agents de la RATP. Elle comporte deux colonnes : "respect" et "devoirs".
Dans la colonne "respect" on trouve : une série d'interdictions.
Dans la colonne "devoirs" on trouve : une série d'obligations et d'interdictions.

Ceci est tout à fait représentatif de l'idéologie libérale. Auparavant l'autoritarisme s'affichait comme tel ; dans les "démocraties libérales", l'autoritarisme s'avance masqué derrière des valeurs humanistes. Auparavant les esclaves savaient qu'ils étaient des esclaves ; aujourd'hui ils se croient libres. (Cf. aussi les illusions libérales / Beauvois).

Le mot "humanitaire" accompagne quasi-systématiquement les interventions militaires, depuis que la guerre a été déclaré hors-la-loi (pacte Briand-Kellog, 1928). En premier lieu par les Japonais envahissant la Mandchourie, Mussolini attaquant l'Ethiopie et Hitler justifiant l'invasion des Sudètes, et ainsi de suite jusqu'à nos jours.

Le mot "citoyen" vidé de son sens politique premier de gestionnaire de la cité (ce qui suppose une organisation politique réellement démocratique) se met à désigner des gestes élémentaires comme économiser l'eau ou jeter ses déchets dans une poubelle.

Le mot "anarchie" utilisé pour désigner le chaos. Pourtant, selon ceux qui s'en réclament, "l'Anarchie, c'est l'ordre moins le pouvoir".

Le mot "radical" qui a pris le sens d'extrèmiste, voire de terroriste ("groupuscule radical"). Or radical signifie dans son sens premier : qui prend les choses à la racine. Ainsi, le M.I.E.L. qui s'intéresse aux causes profondes des dysfonctionnements sociaux (et pas seulement à leurs conséquences) est une association radicale.

L'expression "se démocratiser" vidé de son sens politique premier désigne la généralisation d'un objet technologique nouveau, qui devient plus largement accessible de par sa baisse de prix. (Expression systématiquement utilisée sur tous les sites web traitant de technologie, et même dans l'encyclopédie libre Wikipedia).
Dans le même ordre d'idée l'usage très répandu de l'expression "être populaire" (exemple : "tel site web est très populaire") pour désigner un fait statistique : une fréquentation importante.

Le mot "sécurité", sert d'alibi à toutes les régressions des libertés et augmentation de la surveillance et du contrôle des individus et des populations. S'accompagne d'épouvantails tels que "pédophile" ou "terroriste".

Le mot "terrorisme", dont la définition par l'usage qu'en font les media, les politiciens ou les entreprises devient de plus en plus large. On ne parle plus de militants anti-capitalistes mais d'anarcho-terroristes. On ne parle plus de militants écologistes mais d'éco-terroristes*.
Ceci dans un contexte où le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique légalise la détention arbitraire : désormais l'armée pourra détenir toute personne suspectée de lien avec le "terrorisme", indéfiniment et sans procès (voté au Sénat le 16 décembre 2011). Début 2013 un memorandum du Ministère de la Justice justifie l'assassinat de personnes considérées comme une menace.

* Pourquoi les militants écologistes - et les défenseurs des droits des animaux - sont-ils particulièrement visés ? Par ce que leur action peut géner les grandes compagnies sans scrupules des secteurs de l'énergie et de l'agro-alimentaire.

La formule "recentrage de l'Etat sur ses fonctions régaliennes", qui accompagne régulièrement les projets de "réforme" de l'Etat. Elle désigne le projet de privatiser tous les services publics et gouvernementaux à l'exception de la police, de la justice et de l'armée. A traduire par : réduire l'Etat à n'être plus que le bras armé du grand capital.
A noter toutefois que les limites de la privatisation sont aujourd'hui poussées encore plus loin depuis que les U.S.A. ont recours massivement à des sociétés de mercenaires (en tout premier lieu Academi-Blackwater).

L'expression "théorie du complot" utilisée pour délégitimer toute hypothèse mettent en cause les agissements des groupes dominants et pouvoirs en place. Plus de détail dans notre FAQ.

Les mots ringardisés

Parler de "capitalisme" ou de "lutte des classes" décrédibilise le locuteur car "tout ça c'est dépassé" et le fait passer pour un idéologue (il faut dire que sur cet aspect les marxistes vulgaires ont beaucoup fait pour décrédibiliser le vocabulaire scientifique marxiste).

L'idée de "classes" (et a fortiori de lutte des classes) est évacuée du discours pour donner l'illusion d'un consensus et masquer les antagonismes, jusqu'à les faire disparaître de la pensée commune. Or s'il est encore une classe ou la différence de classe est affective et assumée comme telle c'est précisément chez les grands bourgeois. Par contre dans le peuple, la disparition de la référence identitaire à la classe des prolétaires à pour double conséquence, d'une part de délier les liens de solidarité horizontaux et d'autre part de ne laisser comme seules références celles de la bourgeoisie. Ainsi il s'agira de "réussir" (c.à.d. imiter le modèle bourgeois) par des stratégies individualistes (être plus fort que le voisin, quitte à l'enfoncer). Finalement l'idéologie dominante réussi à atomiser les individus de la masse, ce qui permet de mieux les soumettre voire de s'en faire des alliés conscients ou non.

Le lexique de la légitimation

Les pouvoirs en place cherchent à légitimer leurs pratiques et leurs opinions et inversement à dévaloriser les options alternatives. Ceci se fait généralement non pas à l'aide d'argumentation rationnelle (ils cherchent au contraire à éviter un débat qui est susceptible de tourner à leur désavantage) mais en diffusant dans les médias de masse un vocabulaire chargé de valeur, qui légitime ou au contraire disqualifie d'emblée sans qu'il soit besoin d'examiner les choses de plus près.

Exemples :

Légitime Non légitime

Progrès

ex : OGM, exhausteurs de goût, nanotechnologies, biocarburants, développement durable, énergie nucléaire

Obscurantisme

ex : faucheurs d'OGM, lanceurs d'alerte, écologistes

Science médicale

ex : chimiothérapie, thérapie génique, téléthon

Charlatanisme

ex : ostéopathie, homéopathie, acupuncture, herboristerie

Médicament

ex : antidépresseur, anxiolithique, somnifère

Drogue

ex : cannabis

Démocratie

ex : la prison de Guantanamo appartient à "la plus grande démocratie du monde"
ex : le traité européen rejeté par referendum en 2005 puis adopté sans consultation populaire

Dictature

ex : Hugo Chavez (président élu du Venezuela, pouvant être révoqué par un referendum d'initiative populaire) est un dictateur

Résistance

ex : Contras du Nicaragua

Terrorisme

ex : réseau éducation sans frontière, mouvement Occupy Wall Street

Faits

ex : les attentats du 11 septembre 2001 sont le résultat d'un complot de Ben-Laden
ex :
l'Irak possédait des armes de destruction massives
ex : l'épidémie de Sida est le fruit du hasard

Théorie du complot

ex : les attentats du 11 septembre 2001 sont le résultat d'un complot de l'administration Bush
ex : les guerres de l'Empire U.S. (et de ses satellites) ont pour but le contrôle des réserves pétrolières
ex : l'épidémie de Sida résulte de négligences ou est le résultat d'une action délibérée

Egalement :

L'infiltration du vocabulaire de la publicité et du monde de l'entreprise dans les autres domaines, y compris dans le discours contestataire et militant (ex : les phrases qui commencent par : "Parce que...").

L'usage de termes techniques et de sigles, destinés à dépolitiser. Les termes politiquement correct (ephémismes).

Les anglicismes (la langue de l'Empire) : "brain-storming", "manager" ("management"), "coach", "marketing", "shopping", "cool", "fun", "just", "ok".

L'exagération, lié à la perte de sens, systématiquement utilisé par les jeunes : "trop [bien]", "la tonne", "ça tue" ("je vais me faire tuer"), "à mort" ("de la mort qui tue"). S'accompagne de l'absence de nuances : tout est "trop bien" ou "trop nul".

Voir www.scoplepave.org/desintoxication-du-langage (ateliers de décryptage de la langue de bois).

Voir aussi le vocabulaire du patriarcat et de la répression sexuelle.

 


Mouvement International pour une Ecologie Libidinale (M.I.E.L.) - www.ecologielibidinale.org - Dernière mise à jour le 16 septembre, 2016
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